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Le blog de la Fédération Française de Généalogie

Le monde généalogique associatif est arrivé à un moment de son histoire où il doit choisir.

9 Juin 2017, 10:35am

Publié par F.F.Généalogie

Le monde généalogique associatif est arrivé à un moment de son histoire où il doit choisir. Choisir de continuer à vivre ou choisir de mourir à petit feu.

 

Les associations de généalogie sont confrontées depuis plusieurs années à une baisse, parfois importante du nombre de leurs adhérents. Les raisons en sont variées, en voici quelques-unes :

 

  • Émergence de listes de discussion et de sites Internet « indépendants », généralement créés par des gens ayant quitté les associations non sans avoir récupéré des relevés, de quelques uns à des bases de données entières,

 

  • Mises en ligne des registres paroissiaux, protestants et d’état civil, effectuées le plus souvent par les services d’archives départementales, voire, dans un cas qui nous le souhaitons restera unique : mise en ligne de bases de données nominatives. A l’exception de cette dernière, nous ne nous sommes jamais opposés à ces mises en ligne, car nous apprécions le service qu’elles rendent aux chercheurs. Le pendant de la chose, c’est que de nombreux chercheurs pensent qu’ils n’ont plus besoin des associations. Pour des recherches depuis la Révolution française, nous pouvons admettre que c’est possible, pour ce qui est antérieur à la Révolution, c’est évidemment faux.

 

  • Crise économique. Je cite cela sans trop y croire, car notre activité, troisième loisir des Français après le jardinage et le bricolage, est sans doute celle qui coûte le moins cher,

 

  • Arrivée de sites marchands, commerçants, commerciaux – appelez-les comme vous voulez – mettant à disposition de leurs clients de plus en plus de fonds, relevés, arbres en ligne sans pour autant augmenter leurs tarifs dans de fortes proportions. Le fait majeur de l’année 2016 étant le coup de force de Filae, qui a mis en une seule fois plus de 200 millions d’actes indexés en ligne. Les abonnements étant de 50 à 70 euros environ, pour une couverture de tout le pays, je vous laisse calculer à combien d’adhésions à des associations départementales cela correspond…

 

Les associations ont beaucoup œuvré pour le développement de la généalogie, ont réalisé grâce à leur bénévoles un énorme travail de relevés et dépouillements systématiques pour préserver les documents originaux et faciliter l’accès à l’information. Elles ont compris très tôt, et sans doute les premières parmi les associations culturelles, l’utilité de l’informatique, puis de l’Internet. Depuis de nombreuses années, nombreuses sont celles qui sortent de leurs locaux pour organiser des manifestations grand public. Elles n’ont jamais manqué de solliciter les médias pour faire la promotion de leurs activités, et réciproquement, les médias savent qu’ils ont matière à rédiger des articles intéressants, et réaliser des émissions et reportages radio ou télé qui bénéficient toujours d’une bonne audience. Cependant, il est depuis quelques années une mode délétère qui consiste à dire que les associations, ça ne sert à rien, que leur modèle est vieillissant voire dépassé. Cruel paradoxe que celui-ci, qui fait des cercles généalogiques quasiment des victimes du développement de la généalogie, pour lequel elles ont tant œuvré !

 

Mais il ne faut pas nous endormir sur nos lauriers et il y a quand même urgence à ce que les associations repensent leur politique, leurs manières de procéder, et leur raison d’être. Lors de ce que j’appellerai l’affaire Filae, certains collègues n’ont vu que l’impact économique qu’engendrerait une baisse du nombre de leurs adhérents. C’est très important, certes, mais il faut aussi se demander quelles initiatives prendre et sur quel terrain aller où il n’y aurait pas ou peu de concurrence. Nous avons un rôle d’information et de formation, il y a sans aucun doute des pistes à explorer de ce côté : paléographie, initiation à tous les outils tels que les logiciels, les sites Internet, etc.

 

De même, des responsables d’associations prétendent que la Fédération ne sert à rien, et coûte cher. Venant de gens hors Fédération, il faut mettre cet avis sur le compte de la méconnaissance parfois, mais sur le compte du problème de personnes le plus souvent. Rappelons-nous que des associations ont été créées par scission à la suite de conflit de personnes au sein de bureaux de cercles.

 

On entend dire cela aussi venant de responsables de cercles fédérés. A l’évidence, ils oublient que notre Fédération est une association d’associations. Ils en font partie comme l’œuf fait partie de l’omelette. Dire que la Fédération ne sert à rien revient à dire que soit même on ne sert à rien ! Les critiques sur l’utilité de la FFG viennent de gens qui n’ont jamais rien proposé, jamais émis une idée, jamais présenté leurs méthodes de travail ou leurs innovations. La Fédération n’est pas, car je suis convaincu que c’est l’idée très réduite et très réductrice qu’ils s’en font, un bureau parisien, elle n’est pas que le bureau. D’ailleurs, sur les neuf membres du bureau, un tiers seulement est domicilié en Île-de-France.

 

Vous connaissez l’expression « Auberge espagnole », qui vient de la mauvaise réputation qui leur était faite. Il était conseillé aux visiteurs, s'ils voulaient manger à leur faim, d'amener eux-mêmes leur nourriture, généralement parce que la qualité et la quantité de ce qui était servi étaient très critiquables. A ce sens originel, je préfère celui que l’on donne le plus souvent maintenant : chacun amenant son repas, on trouve dans l'auberge une grande variété de nourriture. La Fédération, c’est une auberge espagnole au 2ème sens du terme : elle n’est riche (je ne parle pas sur le plan financier) que des idées, expérience(s), et propositions que chacun y amène. Cependant, elle est confrontée, comme toute association, à des difficultés logistiques : les contraintes actuelles en matière de sureté et de sécurité nous conduisent à engager une réflexion sur notre présence dans la tour Essor à plus ou moins brève échéance.

 

La Fédération vient d’être reconnue d’utilité publique, ce n’est pas anodin. Je remercie chaleureusement Jean-François Pellan, qui a été l’artisan de cette reconnaissance. Avant la possibilité qui vient de lui être donnée de recevoir des dons ou des legs, je vois cette reconnaissance comme un atout en termes de représentativité de la FFG qui, bien évidemment augmente celle des associations fédérées. Cette reconnaissance est un gage de sérieux, et ce serait une erreur des associations fédérées de ne pas la mentionner lors de leurs demandes et démarches diverses pour des subventions, des mises à dispositions de locaux pour leur administration, leurs permanences ou leurs manifestations. Sans oublier les partenariats en projet avec les services d’archives en particulier.

 

Donc oui, la Fédération, elle sert à quelque chose, il ne faut pas faire un effort démesuré pour s’en rendre compte. Quoi qu’on dise, s’y affilier ne coûte pas une fortune, la quitter est ô combien contreproductif car c’est l’affaiblir, et ce n’est vraiment pas le moment !

 

Gardons espoir, car il y a des signes que sans doute, nous pouvons attirer de nouveaux chercheurs. Jamais les émissions radio, et surtout télé concernant l’Histoire et le patrimoine n’ont connu l’audience dont elles bénéficient aujourd’hui. Cet intérêt traduit l’intérêt des Français pour leurs racines collectives, cela ne peut qu’inciter une bonne partie d’entre eux à se pencher sur leur histoire familiale.

 

Parmi les hypothèses qui pourraient devenir des certitudes, il y a celle de l’ouverture vers l’étranger. Il a été beaucoup question pendant la campagne des présidentielles de mondialisation. Qu’il en ait été parlé de manière positive ou négative est en dehors de notre raison sociale. Cependant, personne ne peut nier que les frontières, du moins celle de la majeure partie de l’Europe, n’existent plus et que les peuples de chaque pays sont issus d’horizons multiples. Lors de la visite de Dirk Weissleider à notre forum national Gene@2016, nous avons constaté que de nombreuses personnes se sont adressées à lui pour des demandes concernant des recherches en Allemagne. Il me semble important, voire indispensable, d’intensifier les contacts avec les autres fédérations, européennes en particulier.

 

Depuis quelques jours, la Fédération est entrée dans sa cinquantième année. Avec la reconnaissance d’utilité publique dont elle vient de bénéficier, elle continuera à œuvrer avec d’autant plus de dynamisme pour développer l’intérêt pour l’histoire des familles.

Thierry Chestier,

Président de la FFG

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JMdP 26/08/2017 23:57

Les associations sont aussi friandes de la compétence, de l'enthousiasme, du désintéressement et de la convivialité des adhérents.
Celles qui possèdent une majorité d'adhérents de ce profil demeurent attractives comme des aimants.
Celles qui en possèdent une minorité finissent immanquablement par connaitre des problèmes.
Les responsables doivent veiller à ne pas confier des responsabilités de contact à des personnes qui ne possèdent aucune compétence dans les relations humaines...Pas facile buien sur mais il en va de la survie de l'association !

pasmonnom 23/07/2017 20:51

j'étais adhérente à plusieurs associations , j'ai fait des relevés pour l'une d'entre elle, par contre, ce sont toujours les mêmes noms qui ressortent si vous demandez de l'aide sur un patronyme, il n'y a guère de réponses, moi je me déplaçais aux archives de mon département pour donner des réponses, je n'ai jamais eu ce retour nulle part

Seguin 13/06/2017 17:57

Bonjour monsieur le Président,
J'ai lu avec attention votre réflexion sur l'avenir de la généalogie. Et j'aimerai apporter mon témoignage pour vous éclairer sur le manque d'adhérents constaté par vos associations.
Je suis amateur mais je suis vraiment fasciné par la généalogie et mes recherches permettent d'identifier 3000 ascendants entre aujourd'hui et 1550.

Ces recherches m'emmènent dans plus de 6 régions françaises et 3 pays. Si je fais le total des associations généalogiques auxquelles je devrais m'abonner pour avancer = 30 associations environ (6 en Poitou Charente, 6 en Occitanie, 3 en Anjou,...
Meme si les sommes sont il est vrai abordable pour une association (25€ environ), je vous laisse faire le calcul pour les 30 associations tous les ans. La somme totale n'est plus anodine pour un budget. Je ne pense pas être la seule dans ce cas loin de là.

L'accès aux informations : Internet me permet de consulter à n'importe quel moment du jour et de la nuit les informations et de communiquer avec d'autres personnes de tous horizons. Etant donné la diversité de régions et de département contenus dans mon arbre, je ne peux pas me déplacer physiquement dans tous ces endroits du fait de ma vie professionnelle et familiale. J'adorerais mais ce n'est pas possible. Chaque association met a disposition très souvent les informations "consultables" sur place. Or cela ne répond plus aux modes de vie de nos chers compatriotes. Internet et la diversité géographique des recherches mettent à mal ce système de consultation.

Quelques idées pour avancer si vous le permettez, cela vous fera sans doute réagir mais comme vous l'indiquer dans votre réflexion : il faut proposer au lieu de critiquer.

- Quid de faire enfin un vrai réseau national de données ? Geneabank existe MAIS il ne regroupe pas toutes les associations et toutes les données des associations. Quitte à faire payer dans ce cas un accès par personne au niveau national. Filae met en ligne des archives mais sincèrement pour l'avoir utiliser, cela ne permet pas de faire des recherches avant 1790. Geneabank si.
Mais il faut que toutes les données y soient recensées.
Searchfamily est très utile pour les recherches à l'étranger mais lorsqu'il s'agit de la France, pas beaucoup d'info sur cet autre site utile aux amateurs comme moi.
- Quid d'ouvrir l'ajout des données de cette mega base aux relevés des amateurs : je ne suis pas bénévole dans une association mais j'ai une dizaine de fichiers avec des relevés sur des communes ne l'ayant pas été par les associations avec les sources et les cotations.
Problème sans aucun doute = la vérification de ses informations mais il y a peut-être un moyen assez simple en demandant de rattacher l'image photo de l'acte renseigné pour corriger rapidement si soucis.

Voici quelques éléments de réflexion car je crois que la généalogie est à l'aube d'une nouvelle ère, celle du numérique, mais qu'elle passionnera toujours autant.

Cdlt.